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     Hendaye Strasbourg 2010 par Christian WAMPACCH
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Christian
Envoyé sur :  25/9/2022 19:33
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Hendaye Strasbourg 2010 par Christian WAMPACCH
LA DIAGONALE HENDAYE-STRASBOURG (1170 km) EFFECTUEE EN 2010 DANS LE CADRE DU DEFI « 18D » (Partie 1/2).
PREAMBULE
Lancé en 2010 à l’initiative du Cyclo Club Orchies, le défi « 18D » consiste à accomplir les 18 (9x2) « diagonales de France » (FFCT) sans discontinuer en relais par autant d’équipes de randonneurs cyclistes. La règle veut que le relais s’effectue à l’expiration du délai maximum prévu pour la diagonale précédente.
A ce propos, comme condition d’homologation, il faut savoir qu’un temps maximum est fixé officiellement en fonction de la longueur et de la difficulté du parcours. Chaque participant est cependant libre d’établir son propre itinéraire, ses points de contrôle espacés d’une centaine de kilomètres et bien entendu son tableau de marche. Par exemple pour la diagonale Hendaye-Strasbourg le délai maximum pour la distance « officielle » de 1170 km est de 99 heures, mais j’ai réglé mon tableau de marche sur une vitesse moyenne – audacieuse - de 21 km/h (temps présumés d’hébergement non compris) pour un temps global de 77h30. Mes réservations d’hôtel étant établies en conséquence, il est donc impératif de ce tenir à ce tableau. J’ai ainsi tronçonné mon parcours en 3 étapes. La première étape au départ d’Hendaye, le mardi 2/07 à 12 heures, comporte en principe 661 kilomètres pour atteindre Vichy en soirée du lendemain. La 2ème étape, le mercredi 4/07, comporte 282 km de Vichy à Besançon et la dernière étape prévoit de rejoindre Strasbourg le vendredi 05/07 vers 17h30.
Petite singularité innovante du défi 18D, une balise GPS est mise en service lors de la première diagonale, à charge de l’équipe de la transmettre à l’équipe suivante et ainsi de suite au fil des relais. Cette balise GPS baptisée « Maryse la balise » permet aux sympathisants de suivre les équipes en temps réel 24/24h par consultation des cartes détaillées du site internet spécialement dédié à cet effet. L’aventure 18D a démarré le 13 mai par une première diagonale Dunkerque-Perpignan. Depuis les relais se sont enchaînés jusqu’à la 13ème diagonale ici en voie d’achèvement.
PREMIERE ETAPE : Hendaye-Vichy (661 km) du 2 au 03 juillet 2010.
Mardi 2 juillet aux environs de 9h30. Je suis informé par texto que l’équipe précédente composée de Yves Yau et de Bernard Fermeaux, en phase terminale de la 13ème diagonale 18D Dunkerque-Hendaye, sont en approche. Le relais doit s’effectuer entre 12 et 13 heures. J’arrive au commissariat de police vers 10h20. Les gars viennent d’arriver conformément à leur tableau de marche. Bravo à eux !!! Je les félicite.
Ils auraient souhaité céder immédiatement le témoin pour se libérer au plus vite. Ceci n’est pas autorisé par le règlement 18D. On me confirme la chose, il nous faut patienter. On se donne donc rendez-vous vers 11h30 au même endroit pour procéder aux formalités de départ. A l’heure dite au commissariat de police, il est procédé à l’enregistrement du relais et de mon départ de la 14ème diagonale. Ceci fait, le carnet témoin spécial 18D m’est alors remis. Il en est de même pour « Maryse la balise » qui m’accompagnera tout au long du parcours. Outre le rappel du mode de fonctionnement, je me vois prodiguer quelques conseils d’arrimage au vélo. Me voilà donc fin prêt pour le départ. Les relayés me souhaitent bon vent, tout en m’exprimant quelque regret de ne pouvoir m’accompagner.
Je démarre quelques minutes avant 12 heures. Le ciel est couvert, il ne fait pas encore chaud et le vent vient de la mer. La route pour sortir d’Hendaye n’est pas plane, loin de là, de plus la circulation est assez dense. A la sortie de la ville, je me dirige vers l’incontournable route de la corniche, escarpée mais moins dure que je ne l’avais craint. J’arrive rapidement à Saint-Jean de Luz, où j’avais prévu d’envoyer ma carte postale de départ. Je ne trouve pas le bureau de poste, où je comptais l’expédier, mais une boîte postale fait tout aussi bien l’affaire.
Le tronçon en direction de Bayonne n’est pas agréable du tout en raison du trafic et de la concentration urbaine, mais il permet de progresser rapidement. Voici déjà Bayonne en vue ! La route en légère descente me permet d’atteindre une belle vitesse de plus de 40km/h. Soudain, j’aperçois une cycliste, qui me fixe attentivement de l’autre côté (gauche) de la route. Je continue néanmoins sur ma lancée sans me retourner et traverse Bayonne par le centre.
A la sortie de Bayonne, l’itinéraire obliquant vers l’est longe l’Adour. La route est enfin plus tranquille et le revêtement est correct. Le vent, soufflant à présent du nord-est, est défavorable. J’aperçois un peu plus tard un cycliste devant moi. Trop préoccupé à le suivre, je quitte par inadvertance mon itinéraire à une fourche, ce dont je me rends compte assez rapidement avant de rebrousser chemin. Me voilà à nouveau sur la bonne route ! Tiens encore un cycliste devant moi, ou plutôt une cycliste. Mais oui je la reconnais, c’est la cycliste que j’ai croisée un peu avant Bayonne. Elle m’interpelle, elle se prénomme Pierrette et est une diagonaliste sympathisante - dite « sariste » - se portant volontaire pour accompagner et assister en cas de besoin les diagonalistes de passage, au cours de leur périple, à proximité de leur lieu de résidence. Elle m’attendait avant Bayonne, mais surprise et empêchée de traverser rapidement la route, elle n’a pu me rejoindre avant la ville. Très sympa, elle est heureuse de pouvoir me souhaiter un bon parcours. J’en suis également très heureux. Habitant dans les environs, son mari devait nous croiser un peu plus loin. Il n’est pas là à l’endroit prévu. Tant pis, c’est ici que nos chemins se séparent : « Bonne route et que tout se passe bien !» me souhaite-t-elle.
Je poursuis ma route le long de l’Adour, il fait de plus en plus chaud. Ma route, en quittant l’Adour au sud de Dax, se fait plus vallonnée, mais voilà que se profile déjà mon premier contrôle à Pomarez (km 96). Je me rends au Carrefour à la sortie de la ville, où je fais le plein de boisson. Comme la caisse ne dispose pas de tampon, je pointe à la station-service vers 15h40 avec trois bon quarts d’heure d’avance sur mon tableau de marche. Tout va bien !
A présent, je prends la direction de Lavardac à travers les Landes, par un parcours au sud de Mont de Marsan, plus varié et vallonné que les monotones pinèdes plus à l’ouest. Petit souci, un bruit suspect se fait entendre au niveau du boîtier de pédalier, d’abord léger, il s’amplifie au fil des kilomètres, pour finir par émettre des grincements et des craquements de plus en plus inquiétants. Je m’arrête pour faire le point de la situation, le pédalier présente un jeu d’un demi-centimètre. Je m’en veux pour ma négligence de ne pas avoir procédé au changement des roulements à la suite des trois brevets précédents effectués dans des conditions exécrables au cours du mois de juin, à savoir les BRM 600 et 1000 de Râches suivis du BRM 600 d’Orchies. En fait, les roulements du pédalier ont été littéralement rincés de tout leur lubrifiant.
Il fait de plus en plus chaud. Une vingtaine de kilomètres avant ce contrôle, mes bidons sont presque vides. Je profite de la présence d’habitants d’une maison relativement isolée au bord de la route, pour leur demander de les remplir. C’est le fils du couple, un militaire de carrière, qui se charge de la corvée. Ils se disent impressionnés par le défi.
J’arrive à Lavardac (C2-km223) passé 21h alors que le soleil est déjà bas à l’horizon. Je pointe dans un café, où les clients regardent un match de la coupe du monde de football. Je me décide à avertir de mon problème mécanique Christian Theron assumant la permanence 18D. Le jeu du pédalier s’est accentué : il fait à présent un centimètre. Je décris mon matériel, un pédalier compact Campagnolo Chorus à roulements externes de type ultra-torque. Il me dit qu’il va faire appel à l’équipe pour une solution et qu’il rappellera plus tard. Je poursuis ma route.
L’obscurité se met à tomber et il commence à pleuviner en approche de Port-Sainte-Marie (km236). Au moment de passer le pont au-dessus de la Garonne, je consulte l’écran de mon GPS qui m’indique une direction générale vers la droite. A la sortie du pont je ne prête pas attention à la survenance du signal sonore de mon GPS me signalant l’orientation précise zoomée sur l’écran. C’est donc avec assurance que je prends machinalement la direction immédiatement à droite du pont.
Deux kilomètres plus loin, je reçois un appel téléphonique. C’est Christian Theron qui me rappelle. Je m’arrête au bord de la route en pente montante à hauteur d’un petit bois. Comme seule solution à mon problème mécanique, il me signale l’existence, à Villeneuve-sur-Lot distant de 34 kilomètre, d’un vélociste qui malheureusement doit être fermé à cette heure tardive. Je préfère continuer ma route le plus longtemps possible, tout en espérant trouver un vélociste le lendemain matin. Un dialogue s’engage :
- Christian, je te sens bien décidé à poursuivre, mais dis-toi bien que si tu es contraint à l’arrêt, ce sera en pleine nuit au milieu de nulle part.
- Je suis prêt à prendre le risque. J’ai une couverture de survie. S’il le faut, j’ai de quoi attendre jusqu’au petit matin ! affirmé-je sur un ton quelque peu bravache.
- J’apprécie ta détermination Christian !
Ce n’est qu’au moment de repartir, à l’issue de la conversation, que je me rends compte que je me suis éloigné de ma route tracée sur mon écran de GPS. Compte tenu de la présence des voies de chemin de fer, il m’est impossible, de l’endroit où je me trouve, de rejoindre mon tracé plus ou moins en ligne directe. Plutôt que de faire demi-tour, je prends l’option inverse de poursuivre dans l’espoir de trouver très rapidement un passage à niveau qui me permettrait d’accéder à l’autre côté des voies. A mon grand désespoir, je n’en trouve pas ! De plus je constate que je m’éloigne de plus en plus de mon itinéraire. J’ai l’impression de vivre un cauchemar dans lequel tout franchissement des voies ferrées m’est impossible. Après une poignée de kilomètres de la sorte, je me résigne finalement à faire demi-tour pour revenir à Port-Sainte-Marie et ce à la tombée de la nuit sous une pluie devenue battante. De retour à la sortie du pont, j’aperçois un petit tunnel passant sous les voies mais avec un panneau de sens interdit. Cet étroit et sombre tunnel ajoute à mon impression cauchemardesque mais j’ai la conviction que c’est la seule chance pour moi d’en sortir. Bien décidé à braver l’interdit, je m’engage dans l’étroit tunnel bien sombre pour me retrouver à la sortie dans une ruelle tout autant sinistre. Décidément je ne sortirai jamais de ce mauvais rêve, me dis-je. Heureusement un bon kilomètre plus loin, la consultation de l’écran de mon GPS me permet d’éprouver l’immense soulagement de rejoindre enfin l’itinéraire prévu. Au bout du compte, outre ce fil à tordre et à retordre qui m’a mis sérieusement à l’épreuve, cet épisode m’aura coûté une bonne douzaine de kilomètres de détour.
Depuis que j’ai quitté Port-Sainte-Marie, le parcours se fait de plus en plus vallonné. La pluie orageuse ne me quitte plus. J’arrive à Villeneuve-sur-Lot (km 236) aux environs de minuit. Peu après le franchissement du pont sur le Lot, je profite d’un abribus pour revêtir mon imperméable et autres manchettes et jambières. Je viens aussi de recevoir un message vocal de Christian Theron me signalant qu’il a pris contact avec un « sariste », qui habite Fumel, un trentaine de kilomètres plus loin. Ce dernier accepte de m’héberger et de me conduire chez son vélociste le lendemain à l’ouverture du magasin. Cette solution, très méritoire, ne m’enchante pas, car elle me retarderait beaucoup trop et compromettrait définitivement mon tableau de marche, en ce compris mes réservations d’hôtel convenues avec Patricia. J’aviserai plus loin en fonction de l’évolution du problème.
Vingt-sept kilomètres plus loin, toujours sous la pluie, je traverse Fumel (km 270) sans m’y arrêter, ce qui implique que, de ce fait, je renonce définitivement, mais non sans appréhension, à l’intervention du « sariste » telle que proposée. A noter que, grâce à la pluie, le pédalier ne fait plus de bruit. Tout bon pour le moral ! La préoccupation reste cependant de mise car le jeu, que je n’ose plus mesurer, est néanmoins suffisamment perceptible au seul pédalage. Tout en progressant, je me rends compte que l’orage, qui a sévi plus avant sur mon itinéraire, a dû être plus violent que celui que j’ai traversé car des débris de végétaux, branchages et autres cailloux jonchent les routes, les rendant fort dangereuses, surtout dans les descentes en pleine obscurité. Il va sans dire que la pluie ne contribue pas à la qualité de la vision nocturne, que du contraire. Une fois de plus, je bénis mon éclairage alimenté par mon moyeu-dynamo qui me permet d’y voir relativement correctement.
Arrivé à Gourdon (C3- km 349) à 3 heures du matin, je prends une photo à l’entrée de la ville alors qu’il fait encore complètement noir.
Dans l’obscurité, je ne peux réellement apprécier la beauté des sites que je traverse tout en l’imaginant. Après avoir quitté Payrac (km 361), je me dirige vers Rocamadour (km 383). Le jour commence à poindre. Je peux maintenant apprécier, dans cette semi-pénombre, le gouffre vertigineux qui borde la route. Rocamadour m’apparaît ensuite, majestueuse à la lueur du petit jour. L’impression est magique.
Marc Vintevogel – également participant à la 18D et qui assure la permanence nocturne du suivi de la balise - m’appelle. Il s’est levé plusieurs fois la nuit pour suivre ma progression. Il me dit en être ébahi et me souhaite bonne route. Quel réconfort que le soutien des amis! De plus, le simple fait de savoir que par l’entremise de « Maryse la balise », le trajet peut être suivi par les familiers et des dizaines de sympathisants, apporte une motivation extraordinaire de nature à renverser les montagnes.
Après un petit ravitaillement à Beaulieu-sur-Dordogne, je longe à présent la rivière. De façon fugace, j’aperçois au loin le superbe château de Castelnaud majestueusement ancré sur son promontoire. Le site m’inspire sans doute, car peu après je sens le moment venu pour une micro sieste. Il doit être 7 heures environ. Au bord de la route à proximité d’un tout petit château privé, j’étends ma couverture de survie à même l’herbe. Combien de temps suis-je resté allongé ? Disons un bon quart d’heure, vingt minutes. Peu de temps après ma remise en route, on me signale l’existence d’un vélociste plus avant sur mon trajet à Mauriac (à environ 70 km). Je me dis que je ne suis pas loin d’Argentat, et que vu l’état de ma mécanique, il faudrait trouver au plus vite une solution. On m’informe alors de l’existence de deux vélocistes à Argentat, dont j’obtiens les adresses.
J’arrive à Argentat vers 10 heures. L’accès à la place est barré, mais à vélo ça passe. Par facilité je m’adresse à deux badauds, qui me confirment l’existence des deux vélocistes, mais malheureusement aucun spécialiste de vélos de course. Ils me conseillent de tenter en premier lieu ma chance auprès de celui à l’extérieur du village à environ 1,5 km. Arrivé sur place, déception ! Pas le moindre matériel de vélo dans le magasin. Le commerçant me renvoie chez son collègue du centre d’Argentat, en ne me laissant pas le moindre espoir de trouver autre chose à moins de 60 kilomètres à la ronde. Aïe !!!
J’explique la situation au vélociste du centre d’Argentat se prénommant Frédéric. Je lui expose que l’idéal serait de pouvoir changer le roulement défectueux. Il s’ensuit un dialogue surréaliste :
- C’est quoi que vous avez là comme pédalier ? Campagnolo ?! Je n’aime pas Campagnolo ! Rien n’est compatible avec Campagnolo. A-t-on idée de se lancer dans des périples pareils avec du matériel de course aussi spécifique ? Moi, je travaille avec Shimano ! Shimano, ça c’est bon au moins. Je ne peux rien pour vous, désolé !
- D’accord, mais n’avez-vous pas dans votre magasin un boîtier de pédalier qu’on pourrait monter sur mon cadre ?
- Je vous ai dit que je n’ai rien de compatible avec Campagnolo.
- Il ne s’agit pas d’un problème de marque d’accessoires – en l’occurrence Campagnolo - mais de la compatibilité avec mon cadre ! m’évertué-je à tenter de faire comprendre à mon interlocuteur.
Je poursuis :
- Comme vous pouvez le constater, mon cadre est français - Look en l’occurrence - et le boîtier est du type BSA, donc différent du pas de vis italien. Je suis disposé à vous acheter un jeu de pédalier complet, puisque cela semble être la seule solution. Il faut absolument que je puisse repartir. Je ne peux absolument pas abandonner, sinon ce sera la désolation dans l’équipe des diagonalistes engagés dans le défi 18D.
- Ah !? Un boîtier de type … comment dîtes-vous … B…A ? Bon, je vais voir ce que j’ai. Voilà j’ai un boîtier Shimano (à emmanchement carré) et un triple plateau VTT. Mais je vous dis, je doute que ce soit compatible avec Campagnolo.
Au vu de l’incompréhension persistante de mon interlocuteur, je me résigne à ne plus réagir.
On suspend le vélo pour procéder au changement de pédalier. Je donne mes consignes :
- Il faut dévisser un boulon par le trou côté pédalier avec une clé hexagonale de grande dimension, puis désolidariser les deux bras de manivelle reliés entre eux par les deux parties d’axe, qui s’emboîtent l’une dans l’autre.
Un craquement sinistre se produit.
- Voilà c’est dévissé, mais impossible de détacher les deux manivelles ! se plaint le vélociste.
- Attendez, il y a un clip de sécurité inséré dans la cuvette extérieure droite !
Les deux parties de l’axe se déboîtent enfin complètement et les deux bras de manivelle - reliés aux deux parties séparées dudit axe - se détachent. Toutes les billes du roulement, normalement serties dans le roulement annulaire intégré, tombent par terre en même temps que d’autres pièces complètement disloquées et souillées de graisse noire mélangée à de la boue.
- Il faut maintenant enlever les deux cuvettes extérieures ! Attention, le pas de vis de la cuvette droite est inverse. Pour la dévisser, il faut procéder dans le sens des aiguilles d’une montre. Normalement, il faut une clé spécifique ! indiqué-je.
- N’ayez crainte, j’ai ce qu’il faut ! prétend le vélociste qui s’empare dans la foulée d’une impressionnante pince suspendue au mur.
Miracle ! Après quelques « effleurements douillets » de l’énorme pince massacrant le métal, les cuvettes finissent par être extraites du cadre. Quelle torture pour mon matériel.
Voilà l’heure de vérité du montage du nouveau pédalier! Croisons les doigts ! « Si cela ne marche pas, je suis bel et bien foutu » me dis-je. Le vélociste introduit le boîtier Shimano à roulements intégrés par la gauche et le visse.
- Tiens, bizarre, ça marche de ce côté ! Jamais je n’aurais cru que ce serait compatible avec Campagnolo !
- Ne pas réagir ! pensé-je intérieurement.
- Reste la cuvette droite !
- Attention au pas de vis inverse … !
La cuvette est vissée.
- Je vais de surprise en surprise. Evidemment votre cadre est trop étroit, ce qui fait que la cuvette est décalée sur la droite ! m’indique le vélociste.
- Euh ! A propos, quelle est la longueur des manivelles ? interrogé-je.
- Les mêmes que les vôtres ! prétend le vélociste sans même les regarder.
- Cela m’étonnerait ! Mes manivelles ont une longueur de 172,5 mm et le standard c’est 170 mm .
Après vérification, les manivelles s’avèrent bien avoir une longueur de 170 mm, ce qui m’obligera à hausser la selle de 2-3 millimètres.
Le pédalier est vissé sur l’axe, les pédales sur les manivelles, le dérailleur avant est réglé tant bien que mal. Résultat des courses, j’ai un pédalier deux fois plus lourd (à tout le moins), avec un écartement supérieur à trois centimètres, qui plus est décalé sur la droite d’un bon centimètre, et dont le passage des plateaux est aléatoire. Mais l’essentiel est sauf puisque je peux continuer !!!
Je récupère l’ancien pédalier que j’expédie à la maison par la poste. Pesant moins de deux kilo, l’employé tente de le placer dans une boîte à tarif réduit, mais compte tenu de sa dimension, le tarif de 17,50 EUR sera d’application en définitive.
A la sortie d’Argentat, se dresse une côte de 5 kilomètres dans laquelle je me traîne lamentablement. En fait, j’ai le sentiment que mon vélo s’est métamorphosé en brouette. Du fait de l’écartement exagéré des manivelles, j’ai de plus l’impression de pédaler avec les jambes arquées à la manière d’un vieux cowboy sur un cheval de trait. Me voici donc contraint de faire définitivement le deuil de ma pédalée souple et légère mais il est inutile de se lamenter, me dis-je. Trop heureux de pouvoir poursuivre l’aventure, je me fais à la raison de devoir réduire la voilure. Vu le changement de matériel m’imposant d’adopter une position déséquilibrée assurément désastreuse pour les articulations – principalement les genoux - je prends la résolution de prendre à titre préventif deux anti-inflammatoires par jour.
J’arrive à 12h55 au 4ème contrôle à Pleaux (Cantal) et pointe dans un bar. Voilà plus de 24 heures, que je suis parti d’Hendaye et je commence à ressentir la fatigue.
Vers Mauriac (Cantal), le parcours devient de plus en plus exigeant, d’autant plus que le vent, oscillant entre le nord et l’est, a été depuis le départ constamment défavorable.
A Bort-les-Orgues, dans une côte épouvantable, accablé par la chaleur suffocante du milieu de l’après-midi et la fatigue, je suis planté comme jamais et me traîne péniblement vers le sommet. Je suis contraint de mettre tout à gauche, louant au passage – même s’il m’en coûte – le plateau de 32 dents de mon triple plateau VTT. Pourtant Dieu seul sait comme je le maudis ce pédalier lourd comme du plomb et non adapté à mon anatomie! Au sommet, une petite halte s’impose pour retrouver mon souffle. A ma décharge, j’ai déjà dans les pattes 520 kilomètres effectués quasi sans interruption dans des conditions difficiles qui plus est avec à présent un vélo devenu extrêmement poussif.
Tout en me dirigeant vers La Tour d’Auvergne (Corrèze), dans un petit village dénommé Bagnols, je m’arrête auprès d’une fontaine, où, malgré la hauteur du bassin, je plonge avec délice, mains, bras et pieds. En face, une petite épicerie me permet de savourer un « magnum classic », deux nectarines et de faire le plein de Perrier et de coca. Adossé au bord de la fontaine, la béatitude doit pouvoir se lire sur mon visage, car les gens, qui me croisent, me saluent, tout en me souriant avec bienveillance. Quel endroit délicieux !
Soudain au loin, le ciel s’obscurcit. Une jeune fille me salue tout en me souriant avec insistance. Elle me dit : « Il faudra partir avant l’orage ! »
Lucide, je lui réponds tout en espérant le contraire : «Merci beaucoup, mais je crains que je n’y couperai pas ! »
Le tonnerre, encore lointain, se met à gronder. Elle a raison. Il faut, à mon grand regret, partir d’ici au plus vite, car la menace se précise.
Six kilomètres plus loin à La Tour d’Auvergne, je tâtonne un peu pour trouver ma route. Je n’ai pas encore quitté le village, que subitement le ciel se déchire dans un fracas de tonnerre épouvantable. Un choc sur le casque, puis un autre qui me frappe la tête au travers de celui-ci ! Suis-je la cible de projectiles? Non ! Ce sont des grêlons d’une dimension impressionnante, qui s’abattent partout en masse. Il faut trouver un abri coûte que coûte. Rien en vue ! Un groupe de motards tente de s’abriter en se plaquant contre le mur d’une habitation. Cela me paraît insuffisant !
Je recherche un arbre. Pas d’arbre, si ce n’est cet arbuste dans ce pré ! Tant pis, je n’ai pas le choix, j’y vais ! Je franchis le fossé, passe à travers la végétation et me place sous ce couvert tellement précaire. Le vent latéral rend mon abri totalement inefficace. Je suis fouetté par un déluge de grêle et d’eau, comme si un pompier dirigeait vers moi sa lance d’incendie.
Spectacle sons et lumières, tout y est ! Cet orage est d’une violence inouïe, invraisemblable. Les éléments sont déchaînés. En quelques secondes je suis détrempé et frigorifié, car la température a chuté d’une vingtaine de degrés en quelques secondes. En temps ordinaire, j’adore l’orage, mais là c’est vraiment trop costaud ! Soumis à ce torrent d’eau et de glace, dans la précipitation j’enfile tant bien que mal, manchettes, jambières gorgées d’eau et imperméable. Rien n’y fait ! Je suis gelé, alors que quelques minutes auparavant il faisait tropical. Avec le sentiment d’être crucifié, je suis soumis à une véritable torture. Pas de doute, je ne pourrai pas tenir indéfiniment à ce régime. Pas d’éclaircie en vue, le ciel est bouché partout, vraiment partout ! Je désespère. Je grelotte, je tremble comme une feuille. Il faut s’accrocher ! Au bout d’une quinzaine de minutes, la pluie se fait enfin un peu moins dense. Il me faut impérativement rouler sans retard pour me réchauffer, ne fût-ce qu’un peu. Je reprends la route. Je revis.
Je roule en claquant des dents et en tremblotant. En fait, il s’agit moins de rouler que de naviguer à contre-courant, car des rivières d’eau, de boue et de caillasse se précipitent à contre-sens sur la route en pente. A certains endroits, il me faut mettre pied à terre, car la route est envahie de gros cailloux pointus baignant dans l’eau. Heureusement que ça monte, car cela me permet de remettre la chaudière en marche. Malheureusement mon thermostat rechigne à s’élever. Je consulte mon altimètre : plus de 1200 mètres ! Pas étonnant qu’il fasse si froid ! Les motards, qui s’étaient mis à l’abri, ont également repris la route et me dépassent. Le ciel commence à se dégager, la pluie cesse enfin.
Après la montée qui suit La Tour d’Auvergne, il faut descendre quelque peu, puis remonter avant de redescendre vers Mont Dore (5ème contrôle – km 561). Je pointe en début de soirée dans un camping situé à mi-descente à 19h05. Je suis accueilli par des campeurs, qui me demandent si je suis passé entre les gouttes. Vu mon état, je n’ai pas de mal à les détromper. Je ne m’attarde pas et plonge vers la petite cité, dont j’ignorais l’existence, convaincu que Mont-Dore n’était qu’un col.
A peine ai-je quitté Mont-Dore que Christian Theron m’appelle pour demander de me nouvelles. Je lui réponds que le bonhomme est détrempé et frigorifié, mais que le matériel résiste et que le moral reste bon et ce en dépit du retard de plusieurs heures sur mon tableau de marche ! Je lui précise qu’il n’y a pas à s’inquiéter car l’hôtel à Vichy, terme de l’étape, tient en effet une permanence nocturne et que des plats peuvent y être servis 24 heures sur 24.
J’apprécie particulièrement les cols de Guéry et de Laschamps, qui me permettent de me réchauffer quelque peu. Je préfère de loin ces côtes à pourcentage raisonnable au raidars, style côte de Bort-les-Orgues, vu l’alourdissement significatif de mon matériel. Je plonge ensuite vers Clermont-Ferrand. Une petite erreur de parcours me contraint à une remontée de plus d’un kilomètre après une descente inutile. Après m’être replacé dans la bonne voie, je contourne la ville par le nord-ouest pour me diriger vers Riom (km 622). A ce moment l’obscurité est à nouveau tombée tout comme la pluie d’ailleurs en prime. Il reste une quarantaine de kilomètres. Ce n’est pas le pied. La route rectiligne et assez fréquentée n’est pas agréable du tout. De plus, les phares des nombreuses voitures venant en sens inverse m’éblouissent ; en outre la pluie accentue ce phénomène du fait de l’effet de loupe sur le verre de mes lunettes. Les derniers kilomètres me paraissent interminables. J’arrive à Vichy, 6ème contrôle et terme de la première étape où je pointe, passé juste minuit, à notre hôtel. J’éprouve l’incommensurable joie d’y retrouver Patricia. Etant parti d’Hendaye mardi 2 juillet à 12 heures et étant arrivé à Vichy le mercredi 3 à minuit, je viens d’effectuer 675 kilomètres en 36 heures et ce dans des conditions exécrables.
Après avoir parqué mon vélo dans le local de l’hôtel prévu à cet effet, je me rends compte que ma sacoche arrière gorgée d’eau pèse à tout le moins le triple de son poids normal. Dorénavant, je veillerai à protéger mes vêtements dans un sac de plastique étanche. En me déshabillant, un rapide inventaire de mon état physique s’impose. Tout semble en ordre, si ce n’est la paume des mains dont la peau déchirée se décolle au niveau de sa partie la plus charnue et que les doigts ratatinés et transis sont insensibilisés par les longues heures dans l’humidité. Plus gênant des gerçures importantes sont constatées des deux côtés au niveau de l’aine, mais à part cela, rien de grave !
Et puis demain, ou plutôt tout à l’heure, est un autre jour. C’est pour moi une évidence car il ne pourrait être pire.
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